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Regard sur ... Michel Delaunay


 

Regard sur ...

Mélanie Gribinski

Photographe, portraitiste

Mélanie Gribinski est née à Paris en 1969.
Elle reçoit, en 1989, le premier prix de l'école de photographie MJM à Paris. Élève du photographe Reza, elle entre ensuite au laboratoire professionnel de photographie Imaginoir où elle rencontre des photographes tels que Sebastiao Salgado, Sarah Moon, Gisèle Freund, Grégory Colbert, Peter Lindbergh, Francis Giacobetti....

Trois ans plus tard elle décide de se consacrer au portrait N&B à la chambre grand format (18X24 et 20X25).

Elle réalise un projet de 50 portraits de psychanalystes, parmi les plus grands noms de la psychanalyse française, suivi d'une série de portraits de poètes, invités du centre international de poésie à Marseille.

Elle fonde les éditions La Chambre en 1997 (jusqu’en 2002) et publie notamment un recueil de photographies inédites de Denise Colomb sous le titre Instantanés.

En juillet 2007, elle fonde avec sept autres artistes l’association Pointbarre (site en cours http://www.pointbarre.biz), qui, grâce à la mutualisation des savoirs et des compétences de chaque membre, permet aux artistes de développer leurs projets artistiques par une action collective et solidaire.

En octobre 2007, elle devient co-éditrice, avec Frédéric Lemaigre et Nicolas Lucas, des éditions D’une certaine manière, et renoue ainsi avec le livre.

Les portraits d’artistes et d’intellectuels sont ses centres d’intérêts photographiques
Les portraits d'artistes et les portraits d'intellectuels sont actuellement ses centres d'intérêt photographiques. L’essentiel de son travail est visible sur son site http://www.melaniegribinski.com

 
« J'utilise une chambre 20X25 pour faire du portrait, rien que du portrait, en N&B. De préférence, je photographie les gens chez eux, dans leur intérieur avec la lumière ambiante. Plus il fait sombre, plus le temps de pose est long, jamais moins d'une seconde, rarement plus de quatre. La personne devra rester immobile, souvent le regard fixé sur l'objectif. Je fais six photos, pas plus. Il me faut environ une heure. »



Expositions :

  • Galerie Mollat à Bordeaux, automne 2008
  • Galerie WPS à Marseille du 20 au 29 juin 2008
  • Galerie Mollat à Bordeaux en novembre 2007
  • Samedi, ça vous dit !, Médiathèque Louis Aragon, Martigues, octobre 2005
  • Portraits d'écrivains, avec Patrick Sainton, Espace Liberté, Crest, octobre-novembre 2005
  • AP(P)ART(É), le 7ième "ART en appART" d'A&P, Marseille, septembre 2005.
  • Galerie WPS, Marseille, juin 2005.
  • Bibliothèque Sigmund Freud, Paris, novembre 2004 à mai 2005.
  • Librairie L'Alinéa, dans le cadre de "poésie-espace public", Martigues, octobre-novembre 2004.
  • Librairie Forum Harmonia Mundi durant les RIP, Arles, juillet 2004.
  • Centre intarnational de poésie, Marseille, novembre 2000.
  • Galerie L'Apocope, Marseille, septembre 2000.
  • Librairie Forum Harmonia Mundi durant les RIP, Arles, juillet 1998.
 

Tous mes remerciements à Mélanie Gribinski pour m'avoir accordé cette interview et permi de découvrir son travail.

Sources utilisées pour réaliser cet article :

 

La galerie des photographies de cet article

 
Sommaire
 

EDG - Comment se déroulent vos prises de vues ? La parole, l'échange sur un sujet particulier ou sur la vie ou l'œuvre de la personne photographiée sont-ils déterminant avant et pendant la prise de vue ?

MG - "En effet ce sont les informations que me donne la personne photographiée qui déterminent le lieu de la prise de vue en fonction aussi de la lumière. Le plus souvent je privilégie un lieu ou un objet qui apparaît dans la conversation comme ayant une place plus ou moins anecdotique, plus ou moins importante dans sa vie. Mais ces choix ne sont pas toujours maîtrisés et réfléchi, ils peuvent aussi bien être intuitifs."

Ce portrait de François Gantheret, psychanalyste et romancier est remarquable par sa construction.

L'image s'articule autour de deux groupes d'éléments qui participent tous de l'interprétation des informations données par la personne photographiée.

S'articulant autour du miroir, la projection de la pièce, de ses fenêtres ouvrant sur les fenêtres de l'immeuble d'en face peuplent l'image d'une perspective presque infinie. L'espace extérieur est ouvert, mais ici l'inclinaison du miroir en opposition avec celle du visage de la personne ouvrent sur un autre espace, celui de l'imaginaire. Tout ici est en décalage, entre réalité du sujet photographié et imaginaire du regard : le visage n'est pas centré entre les deux fenêtres, le miroir et le visage sont inclinés en opposition.


François Gantheret, (Paris, 14 mai 1994) - série "Psychanalystes" © Mélanie Gribinski, 2007

Loin d'utiliser l'effet "miroir" de manière classique, Mélanie Gribinski le détourne pour nous permettre "d'accompagner" ce regard porté sur cet ailleurs reflété.

L'utilisation de la lumière combinée à la posture de la personne participent de cette double lecture : en prolongement du regard, la main est posée sur une serviette sombre en réponse à la forte luminosité de la rue et de la façade extérieure. La serviette, c'est l'espace du romancier, de l'écrit, espace intérieur (la main posée en symbolise la destination).

 

EDG - Qu'est-ce qui a présidé à l'utilisation d'une chambre 18x24 Lorillon en bois ?

MG - "Tout simplement que je n'avais l'argent pour m'acheter une chambre moderne et que j'ai trouvé cette Lorillon en parfait état et vraiment pas chère. S'il existait une chambre en titanium 40x50 pas trop chère je l'achèterais !"

Ce portrait envoûtant de Tahar Abbas utilise lui aussi la lumière comme composante essentielle des paysages extérieurs et intérieurs du personnage. Mais dans ce portrait, la symétrie est de mise. Les fenêtres, si elles ouvrent sur la lumière du dehors, dessinent un "tableau" au sein du portrait, encadrant strictement la personne photographiée, l'enserrant dans un espace étroit.

La lumière y est tranchante. Elle dessine les accoudoirs du fauteuil, les rebords de fenêtres, les huisseries, les lignes noir et blanches du pull et surtout le visage de Tahar Abbas. Symétrie et lumière, objets (la ligne centrale de la jambe) focalisent le regard du spectateur sur celui du personnage levant ses yeux vers le photographe, comme interrompu dans sa lecture.


Tahar Abbas, (Marseille, 23 octobre 2000) - série "Artistes" © Mélanie Gribinski, 2007

En contre point avec l'intensité du portrait, cette forme de violence dans le dessin de l'espace, les dessins accrochés sur le mur, position centrale et adoucie de l'image. On y devine des photographies, un dessin d'enfant ... un espace intime que semble défendre et interdire Tahar Abbas.

EDG - Pour vous le portrait est-il plus représentatif de l'œuvre, de la pensée d'un auteur, de l'émotion que sa personnalité suscite  plutôt qu'un cliché de la même personne mais en action ?

MG - "Ce serait à mon avis contradictoire de photographier une personne en action avec un dispositif aussi lourd que celui d'une chambre grand format avec lequel il n'y a pas de mobilité possible dans l'instantané.

Le temps nécessaire à la préparation d'une prise de vue à la chambre est pour moi primordial si je ne veux pas faire n'importe quoi n'importe comment. Je n'anticipe absolument pas l'évènement, au contraire, ma photo est faite avant que je déclenche. Pour répondre plus directement à votre question le portrait n'est pas du tout "représentatif de l'œuvre, de la pensée d'un auteur, de l'émotion que sa personnalité suscite ".
"La rencontre avec l'artiste est le vecteur pour créer son portrait, pour réaliser une oeuvre photographique ; le portrait n'est pas un moyen pour rencontrer, même brièvement, un artiste ou un écrivain dont l'oeuvre m'a émue".

 

Dans tous les portraits de Mélanie Gribinski, les personnes s'inscrivent dans un espace extérieur. Loin des portraits du studio Harcourt ou de ceux d'un Cecil Beaton, objets, fenêtres et murs jouent avec les postures du corps et la lumière à dessiner une expression singulière, un regard, un moment de vie, un imaginaire intérieur.

Cet extraordinaire portrait d'Isabelle Richard en est une parfaite illustration. Recroquevillée dans l'angle étroit de la pièce, à l'image de sa posture, tout est empilement, superposition. La succession des trois plans, la faible profondeur de champs, l'opposition du sombre des vêtements et du mur clair, la fenêtre obscure, "miroir" de la pièce et de ses lumières, nous ramènent vers ce regard porté sur le photographe, légèrement en contre-plongée, inaccessible.


Isabelle Richard, (Marseille, 29 octobre 2000) - série "Artistes" © Mélanie Gribinski, 2007

EDG - Quelle définition donneriez-vous du portrait en photographie et plus particulièrement de votre approche ?

MG - "Le portrait photographique est pour moi une représentation  d'un être humain. Il implique une présence et une attitude de la personne photographiée, un regard, une conscience de la situation. Il ne peut donc pas s'agir du portrait d'un monument ni d'un animal. Lorsque je fais un portrait, que ce soit celui d'un seul individu ou celui d'une famille par exemple, il est essentiel que la personne photographiée soit prête à participer et une partie de mon travail consiste à l'y amener.
Je ne crois pas par ailleurs que l'on puisse photographier la personnalité ou "l'âme" de quelqu'un, ça n'a pas de sens, mais plutôt essayer d'interpréter ce que veut bien montrer la personne photographiée."

(Interview réalisée en mars 2007 par Eric DUBOIS-GEOFFROY)

 

 

 
 
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